Voyager éco-responsable en Indonésie

Voyager éco-responsable en Indonésie

Dominique de l’agence locale Azimuth Adventure Travel en Indonésie vous prodigue ses conseils pour découvrir l’Indonésie tout en respectant le pays, sa population et son environnement. Expert de sa destination, Dominique répond à vos questions sur l’écotourisme pour vous permettre de voyager éco-responsable en Indonésie.

Selon toi Dominique, à quoi correspond le tourisme éco-responsable?

Si l’on s’en tient à la définition proposée par l’UNTWO, l’Organisation Mondiale du Tourisme, le tourisme durable serait un “tourisme qui tient pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux, actuels et futurs, répondant aux besoins des visiteurs, de l’industrie, de l’environnement et des communautés d’accueil”. Le tourisme durable ainsi défini a donc différentes composantes, bien distinctes, bien qu’intimement liées: pour être durable, le tourisme doit tout d’abord “faire un usage optimal des ressources environnementales”, et “aider à la conservation du patrimoine naturel et de la biodiversité”. Une définition que relativisent souvent les Indonésiens, car toute activité a forcément des côtés positifs et des côtés négatifs. La question est de savoir comment nous pouvons tenter de réduire au maximum ces impacts négatifs.

Dans un pays où la demande pour le tourisme s’accroît de manière exponentielle, et où les visiteurs internationaux – mais également locaux – sont de plus en plus nombreux, certains s’accordent à dire que l’un des effets les plus marquants de l’arrivée du tourisme est le risque de déstabilisation de l’équilibre social. Dans de nombreuses communautés locales, l’arrivée du tourisme, en modifiant le système économique, a également contribué à faire lentement mais sûrement changer les mentalités. L’exemple des camps de base, points de départ pour l’ascension des volcans, est typique. Jadis, les habitants des derniers villages offraient l’hospitalité aux voyageurs de passage. Pour eux, le randonneur était un hôte, un ami qui déjeunait à leur table et dormait sous leur toit. Mais avec le temps, le nombre de visiteurs allant toujours croissant, les villageois ont peu à peu assimilé l’arrivée des touristes comme une source financière potentielle. C’est ainsi que de nombreux habitants de ces villages se proposent aujourd’hui de garer et garder les voitures ou les motos des touristes, moyennant rémunération.

Le volcan Ijen est un autre cas illustrant l’implantation de l’industrie du tourisme dans le paysage économique et social. De nombreux mineurs s’improvisent guide pour les touristes, et ce qui était une activité secondaire finit par devenir pour nombre d’entre eux leur activité principale. Cette évolution semble d’ailleurs parfaitement normale et même souhaitable afin que les communautés locales ne soient pas de simples spectatrices d’un phénomène dont elles n’ont pas forcément le contrôle. Ce faisant, les habitants deviennent acteurs et tirent profit de l’activité touristique. Cependant, si l’ouverture au tourisme est trop rapide, le risque de déstabilisation de l’équilibre social des communautés d’accueil est réél. Pour en revenir à l’exemple du Kawah Ijen, l’entrée en scène de l’industrie touristique ne va pas sans créer frustrations et jalousies. Les mineurs qui ne savent pas parler anglais par exemple peuvent se sentir exclus de cette source de profit et dans le même temps, les anciens mineurs brillamment reconvertis peuvent souffrir des relations avec leurs camarades “qui ne sont plus harmonieuses”.

Le programme d’écotourisme mené dans le village de Bebekan, à Yogyakarta, butait lui aussi sur des difficultés du même ordre: si certains villageois, à l’instar du créateur de masques traditionnels, tiraient un profit direct de leurs savoir-faire, d’autres pouvaient ressentir de la frustration à ne pas avoir de telles capacités. Ainsi, même lorsque l’activité touristique génère des bénéfices pour les populations locales, le revers de le médaille est parfois plus sombre en ce qui concerne les effets de compétition générés par cette nouvelle source de profit. Ces effets du tourisme sur le système social, bien que réels, sont cependant les plus difficiles à percevoir de l’extérieur, en tant que touriste, mais également en tant que tour-opérateur ou agence de voyage. Ils sont ainsi ceux sur qui les acteurs du tourisme ont le moins de prise. Les effets négatifs du tourisme sur l’environnement, eux, sont au contraire ceux qui sont le plus visibles.

De quelle manière Azimuth Adventure Travel s’engage dans le voyage éco-responsable en Indonésie?

L’industrie du tourisme en Indonésie s’avère être une manne dont chacun à son niveau tente bien légitimement de recueillir les fruits. Quels que soient les acteurs, la rentabilité financière est souvent privilégiée, et menace souvent la durabilité et l’équilibre environnemental des sites.

Dans ce contexte, les professionnels du tourisme souhaitant s’impliquer de manière volontaire pour un tourisme durable doivent souvent prendre des initiatives et se heurtent parfois à des difficultés. C’est par exemple le cas de mon agence, Azimuth Adventure Travel Ltd, spécialiste francophone des activités nature en Indonésie depuis près de 20 ans. Nous avons en effet tenté, il y a quelques années, de collaborer avec les responsables des parcs naturels Bromo- Tengger- Semeru (Java Est), et ceux du parc Rinjani (Lombok). “L’idée était d’installer un système de caution demandée à chaque visiteur. Et la condition pour récupérer sa caution était que chaque visiteur ramène ses propres détritus (collectés par exemple dans un sac délivré à cet effet)”. Si l’idée de départ semblait intéressante, nous avons malheureusement vite compris que l’application sur le terrain s’avérerait très difficile, et que le principe de caution pouvait être “corrompu” : Il arrivait en effet très fréquemment qu’au moment de rembourser la caution, il n’y ait pas assez d’espèce, ou pas l’appoint, et que les visiteurs ne récupèrent pas leur argent.

C’est donc la raison pour laquelle nous avons pris le parti de ne compter que sur nous-mêmes et nous organisons régulièrement, avec quelques sponsors locaux, le nettoyage des chemins du volcan Merapi, qui domine la cité de Yogyakarta.

Au final, les acteurs du tourisme qui souhaitent s’inscrire dans une démarche de tourisme durable doivent souvent trouver des solutions par eux-mêmes. L’une des missions clé des acteurs touristiques serait justement la transmission de leurs savoirs sur l’environnement, la sensibilisation des visiteurs à la préservation des sites naturels, et les comportements à adopter et à éviter afin que l’activité touristique ait le moins d’impact possible sur les lieux visités. Cette sensibilisation serait particulièrement nécessaire pour les touristes locaux, qui sont d’une manière générale encore peu sensibilisés aux enjeux de la préservation de l’environnement, contrairement aux touristes européens, par exemple, pour qui le concept de durabilité est d’avantage ancré dans les façons de penser.

Mais pour les touristes qui souhaitent voyager durable, difficile de s’y retrouver dans la foultitude d’agences et de tour-opérateurs sur le marché. Seule une poignée d’agences de voyage peuvent, à l’instar d’Azimuth Adventure Travel Ltd, se prévaloir d’un label certifiant leur démarche “tourisme responsable” (nous sommes effectivement affiliés au label français “Agir Pour un Tourisme Responsable” – ATR). La création d’un label et d’une certification nationale pourrait être alors une façon de faire avancer le tourisme responsable, et de soutenir les acteurs qui œuvrent pour faire rimer tourisme avec durabilité.

Découverte de la nature indonésienne

Quels conseils peux-tu donner pour voyager éco-responsable en Indonésie?

Je conseille en tout cas aux voyageurs qui découvrent l’Indonésie de se comporter de manière quasi exemplaire, histoire peut-être de montrer à la population locale l’importance de préserver leur nature, même si, ici comme ailleurs en Asie, c’est plutôt “Money before Planet”…

Quels sites d’Indonésie sont les plus affectés par le tourisme de masse?

En Indonésie, les exemples de sites naturels menacés par le tourisme ne manquent pas.

Certains sites comme les temples de Borobudur et Prambanan sont classés Patrimoine Mondial de l’Unesco, et sont donc strictement régulés. Le taux de visiteurs y est limité en fonction de la capacité maximale, et de nombreuses mesures de préservation de la faune de la flore et du patrimoine historique des sites concernés y sont appliquées.

Mais en dehors de ces sites exceptionnels, la situation sur le terrain dépend directement des gouvernements locaux, pour qui le tourisme est souvent perçu comme une source de financement de premier ordre. La gestion du site, et la durabilité de l’activité touristique mise en place est alors fortement corrélée à la vision des gouvernements locaux, que ce soit à l’échelle du village ou de la région.

Les sites situés dans un parc naturel ne sont pas non plus à l’abri des dérives du tourisme. Pour les responsables des parcs, la conservation et la préservation de l’écosystème du site s’avère souvent être un casse-tête: si en théorie, les parcs nationaux sont gérés par une autorité spécifique, dans les faits ils sont implantés sur une ou plusieurs régions administratives, qui espèrent chacune tirer profit des flux de visiteurs. La marge de manœuvre des responsables du parc en matière de conservation butte ainsi souvent sur la volonté des politiques d’attirer le plus de touristes possibles. Conséquence du nombre élevé de visiteurs, et de leur manque de sensibilisation aux enjeux de la préservation de l’environnement, de nombreux sentiers de randonnées, mêmes à des milliers de mètres d’altitude, sont jonchés de déchets plastiques. C’est le cas par exemple du chemin de randonnée menant au Mont Rinjani à Lombok, pourtant réputé comme l’une des merveilles naturelles de l’Indonésie.

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