La coupe du monde des raies Manta

La coupe du monde des raies Manta

La coupe du monde, mais pas comme les autres

Comment une telle désillusion sportive s’est transformée en une chance inouïe ? Pour bien comprendre ce « mal pour un bien », un léger retour en arrière s’impose. Il est clair que l’Indonésie n’est pas une terre de football. A part avoir été finaliste de la Suzuki cup en 2010, son armoire à trophée est plus que poussiéreuse. A défaut d’avoir une équipe nationale à la hauteur, le peuple indonésien est fou de foot. Maillots de toutes les couleurs, de tous les pays, de tous les clubs. Un certain arrivisme dans la manière de toujours supporter pour la plupart, l’équipe qui gagne. En période de coupe du monde, cette ferveur footballistique prend une toute autre ampleur. Même dans le petit port de Nusa Penida, même à 4 heures du matin.

Le Cahaya Mandiri, au mouillage dans la baie de Toya Pakeh, est endormi. Les clapotis de l’eau bercent cette nuit chaude et étoilée. Tels des clandestins, éclairés par la lune, nous grimpons dans l’annexe qui s’éloigne en silence du bateau, avant de démarrer le moteur. Le début du match commence à ce moment précis, une fois débarqué sur cette petite digue qui longe la plage. Quelques pécheurs sont déjà là, assis en tailleur face au poste de télévision, le maillot allemand sur les épaules. L’un d’entre eux nous invite à les rejoindre, dans cette pièce sommaire ouverte sur la mer où des tapis ont été disposés pour l’occasion. A peine le temps d’échanger sur les pronostics de chacun que le match France – Allemagne débute, à 18 000 kilomètres de là, au Brésil.

Deux heures plus tard, c’est la désillusion. Eliminé du mondial, l’heure n’est plus à la fête. Certain se consolent en refaisant le match avec des « si », d’autres relativisent en se disant que l’adversaire germanique d’un soir était trop fort. Après avoir remercié nos hôtes, il est temps de retrouver les bras de Morphée en se disant que demain sera un autre jour, quitte à se lever tôt pour en profiter pleinement. Une brève étreinte qui ne dura qu’une petite heure.

Un spectacle hors du commun

6h30. Réveil. Mal de crâne. C’est normal pour un lendemain de défaite. Comme une gueule de bois qui s’estompa à la vue des premiers rayons de soleil. La cafetière fumante entourée de tasses blanches trône sur le pont. Il y a également du thé dans un souci d’équité et de diplomatie avec les amateurs d’eau chaude aux herbes. Masque, tuba, palme, chacun s’arme à sa manière pour aller affronter l’inconnu, ces oiseaux aquatiques, les raies Manta.

Kadek, un des pécheurs de la veille nous attend dans sa bicoque amarrée le long de la goélette. Il nous guidera jusqu’à Manta Bay. Cette fameuse baie qui a souvent été le théâtre des déceptions, des incertitudes, des joies, des peurs. Il faut savoir que ces poissons plats géants sont difficiles à cerner. Comme si, selon leur humeur, ils montraient le bout de leur nez ou bien restaient caché toute la journée. Malgré la mer déchainée, l’inquiétude en se rendant sur le site n’est pas de savoir si nous allons finir par-dessus bord, mais plutôt si oui ou non, elles seront là.

Barre à la main, moteur à plein régime, les yeux fixés sur l’horizon, Kadek respire la sérénité. Les vagues sont pourtant effrayantes. Des immeubles d’eau qui se dressent à perte de vue et qui s’abattent sur les falaises dans un fracas assourdissant. Il faut y voir un signe. Les dieux des océans nous testent. Leur message est clair : Êtes-vous prêts ? C’est en quelque sorte le chemin de croix à traverser pour atteindre cette baie des miracles. Plus le combat est long, plus la victoire est belle. Un dicton qui prend tout son sens au vu de ce qui nous attend.

Nous y voilà. A en croire le peu de bateaux présents, ces montagnes d’eau ont dissuadé grand nombre de plongeurs. Protégé par les côtes, la houle est moindre. Le soleil se pointe au rendez-vous comme si la nature s’était mise d’accord. Un vrai coup de bol à l’heure du petit déjeuner. Mais le moment n’est pas à la tartine grillée ou aux œufs brouillés. Bien plus important que des céréales fortes en chocolat trempées dans du lait demi-écrémé. Elles sont là. Virevoltantes. Elles dansent à la surface de l’eau. C’est un bal matinal peu commun qui s’offre à nous. Avec la fatigue, il se pourrait que notre inconscient nous joue des tours. Un méchant rêve que l’on construit nous même et qui se termine quand le radioréveil se déclenche. Mais pas aujourd’hui, pas quand il faut sauter dans ce grand bain frais. Les yeux sont grands ouverts, encore plein de sécrétions lacrymales. A travers ce masque légèrement embué, les raies Manta défilent. La collection printemps/été est la même pour tout le monde : plutôt sobre, une cape sombre, ample qui se marrie parfaitement avec son environnement. Une sorte de Batman aquatique majestueux et puissant, glissant dans ces eaux, nullement effrayé par notre présence. Surement dû au fait que nous oublions de palmer, éberlués et immobiles. Pourtant il le faut afin de suivre ce défilé et rester à leur hauteur. Le mysticisme de cette rencontre sous-marine est accentué par la faible visibilité. Ce sont à présent des ombres planant sur le sable, au loin.

Rideau

Puis plus rien. Coup de sifflet final. Le rideau tombe. Le spectacle est terminé. Il se pourrait que se soit l’entracte, elles vont surement revenir, encore plus nombreuses, encore plus majestueuses. Mais non. Elles sont venus, nous les avons vu, elles ont disparu. Une petite demi-heure de communion intense et puis terminus, tout le monde descend dans les profondeurs de cet océan qui se remet à gronder. A un café prêt nous aurions raté ce cadeau rare et précieux. Dans l’euphorie de cette rencontre, on rembobine et on se dit : Et si la France avait gagné. Et si nous avions festoyé jusqu’à repousser notre réveil de quelques minutes.. Et si, et si. Avec des « si » on refait l’histoire. Pour rien au monde il ne fallait rater celle la : le coupe du monde des raies Manta.

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