Le mascaret du Myanmar

La Sittang aussi puissant que la Qiantang ? On trouve quantité de références historiques sur le mascaret du Golfe de Martaban. Au Moyen-âge, Rajadhirat, le chef des armées Mon, avait tendu un piège aquatique à ses ennemis, en les acculant contre une palissade et en les noyant grâce à l’arrivée du flot. Pendant l’époque coloniale, les navigateurs européens évoquent souvent le Macaréo de la Sittang et ses ondes destructrices, d’ailleurs un canal Sittang- Bago long de 80 km fut construit fin XIXème pour que les bateaux puissent exporter du teck, sans risquer de faire naufrage.

Le mascaret du Myanmar

Récemment, j’arrivais à obtenir un témoignage d’ornithologues venus reconnaître les populations de bécasseaux spatules dans l’estuaire « Le mascaret est passé tous les jours de notre étude ». Ma curiosité étant titillée, je suis parti voir avec trois copains. On est fin Mars, il n’a pas plu depuis cinq mois et on cherche une embarcation assez rapide pour une reconnaissance fluviale. Après une semaine à sillonner le pays d’Ouest en Est, entre Ngwe Saung et Moulmein, on n’a toujours pas de bateau ! Les semi-rigides de la Fédération de voile sont trop chers pour nos bourses tandis que le 50 Cv avec coque en résine de notre supposé mécène de Moulmein se révèle être un fiasco mécanique.

le mascaret du Myanmar

Entre temps, on commence à apercevoir le « Lhaine lone » ou « Di Lhaine » sur la Sittang dès le 26 Mars par 77 de coeff’ et on le surfe pour la première fois le 27 Mars (Coeff’ 91) à Sut Pa Nu, une première vague qui nous porte près de 20 minutes jusqu’à Moke Pa Lin. Le lendemain, la cavalcade aquatique dure 28 minutes et la boite de prod’ Babel de New Delhi, finit par arriver, avec un drone. On retourne à Moulmein entre deux sessions et on ramène un 5m en résine avec un 30 Cv en super état, perché sur un camion. Ici, pas de remorque, pas de cale de mise à l’eau, le déchargement se fait à bras d’hommes, en pleine nuit, pour être opérationnel le lendemain. On commence donc l’exploration plus en aval : une fois passé Kyaik Ka Thar, la rivière s’élargit, on navigue dans le Golfe, le chenal de navigation est tout simplement paumatoire, on s’échoue souvent !

le mascaret du Maynmar

En plus, les vents de Sud se lèvent et le plan d’eau se frippe, à cinq gars dans le bateau, notre 30 cv manque de puissance. L’arrivée du Lhaine Lone fait fureur, une grande barre bruyante et rapide ! Patrick et Jérôme se lancent dans l’écume turbulente et se font déglinguer en quelques secondes! Jérôme perd sa GoPro, son leash est arraché, dans les manœuvres de récupération, on embarque beaucoup d’eau, on manque de couler le bateau, ça écope, ça écope, on reprend la nav’ mais on passe pas mal de temps derrière ! Bref, après cinq jours de sorties matin et soir, on comprend qu’on a affaire à un poisson bien plus gros que prévu, il va falloir revenir mieux armé ! En tous cas, on surfe les ondes de marée jusqu’au 3 avril, par 63 de coeff’, en passant un moment formidable sur des rives plantées de pagodes dorées et de paisibles villages de pêche, sans moustiques ni crocodiles !

 

 

En savoir plus sur la Birmanie
grâce à Renaud de Gulliver Travels&Tours